Le siège de Candie et l’histoire d’Héraklion au 17e siècle sont émouvants. Voyons ce qui reste aujourd’hui de l’immense forteresse vénitienne.

Je suis déjà venue à Héraklion, la 3e plus grande ville grecque avec un million d’habitants mais je ne m’étais jamais vraiment penchée sur son histoire latine digne d’être révélée aux visiteurs de la ville. Voilà plus bas ce que j’ai pu écrire dans mon journal de voyage lors de ma visite de la ville cette automne avec mon époux.
Où loger à Héraklion ? L’accès à Héraklion est facile car son aéroport est international avec des vols directs des grandes villes européennes en été. Pour ma location, j’avais réservé au Koules Sea view appartment avec vue sur le bastion au bord de la mer. L’appartement était hyper cool avec une cuisine bien équipée. Ma note : 10/10
Voyons un peu le début de l’histoire de Candie aujourd’hui appelée Héraklion. Suite à la prise de Constantinople en 1204, les latins sont présents dans toute la Grèce d’aujourd’hui sauf la Crète. L’empire byzantin voit une réduction importante de sa superficie territoriale à cause des guerres civiles du 14e siècle (au sein de l’empire byantin) et aux conquêtes des Turcs ottomans, d’abord en Asie Mineure puis dans la péninsule des Balkans. On parle alors d’un Empire ottoman qui poursuit son expansion en mer Egée avec succès jusqu’à Rhodes. En 1537, Venise perd ses possessions dans le Péloponnèse et entre 1556 et 1570, le nord de l’Egée est perdu et puis Chypre. Seule la bataille de Lépante (aujourd’hui Nafpaktos) en 1570 stoppera l’expansion ottomane pendant 70 ans. Voici plus bas une vidéo (source Herakleio myths & heritages) qui vous donne une petite idée de l’intérieur de la forteresse de Candie aux temps de l’occupation vénétienne (1211-1669).
Le siège de Candie. Les Turcs Ottomans ont pris toute la Crète dès 1645 sauf quelques points dont Candie. Les premières attaques sont repoussées par les Vénitiens. Les Turcs détruisent l’aqueduc apportant l’eau dans la cité et le siège commence en 1648. Seule la voie maritime leur reste ouverte et les Vénitiens tiennent bon jusqu’en 1667 : Nommé commandant des forces terrestres de Candie pour la deuxième fois (1667–1669), le vénitien Francesco Morosini réussit à renforcer ses troupes et à les faire tenir pendant 21 ans. Le siège de Candie fut la dernière bataille des Vénitiens dans leur tentative de conserver la Crète qu’ils occupaient depuis 1211.
Le gigantesque château de Chandakas s’allongeait le long de la mer sur plusieurs kilomètres et possédait 7 bastions et des forteresses extérieures qui communiquaient avec les murs par des passages souterrains. Candie restait une des dernières forteresses non influencées depuis 1650 par la propagande ottomane. Le château avec ses réfugiés avait hissé un drapeau avec une énorme croix en son sommet. Morosini voyait les forces militaires vénitiennes s’affaiblir et l’aide des Francs complètement désordonnée. Chandakas ou Héraklion n’avait plus de forces humaines surtout pour sa défense alors Morosini décide, sans avoir reçu l’autorisation de Venise, de capituler et de livrer la ville aux Turcs Ottomans en 1669.
Les conséquences de la chute de Chandakas. Les Vénitiens cédaient l’île à Ahmed Pasha Kioproulu (gravure plus bas, batailles 1675-1680 N. Visscher, Amsterdam) à l’exception des forteresses de Gramvoussa, de Souda et de Spinalonga. Les habitants de la ville avaient la possibilité de la quitter, emportant avec eux armes, trésors et archives. Grâce à cette clause, les archives de Candie ont été préservées à Venise et ailleurs. Les réfugiés Grecs et autres de tout Héraklion s’éparpillent entre la mer Ionienne et la mer Egée. Quand les Ottomans sont entrés dans la ville, elle était complètement déserte. Le coût de la perte, pour la conscience de ses habitants, est immense car ils avaient vécu 21 ans d’enfermement, de faim, de soif et de résistance acharnée. Aucune ville dans l’histoire de l’humanité n’a été autant pleurée que le château de Chandakas. La conquête ottomane a fait décliner à jamais l’essor de la renaissance crétoise dans les lettres et les arts dans les centres urbains de l’île.

La forteresse d’Héraklion aujourd’hui. Notons l’énorme taille de la fortification. C’était un projet pharaonique pour les standards de l’époque. Les bastions étaient incroyablement massifs. Le château avait 4 portes principales. Au nord, à l’extrémité de l’actuelle rue 25 Augoustou, il y avait la porte du Molos, par laquelle la ville communiquait avec le port (démolie par les Anglais en 1898). Du côté est, là où se trouve aujourd’hui la statue d’Elefthérios Venizélos, se trouvait la porte de Saint-Georgiou, par laquelle la ville communiquait avec l’est de la Crète. Sur le côté sud avait été construite, à la fin du 16e siècle, la porte de Jésus, d’où passait l’aqueduc qui alimentait la ville en eau (au début du 20e siècle, on ne la reconnait plus déjà). Du côté ouest, à la fin de la place Strata (actuelle rue Kalokairinou), il y avait la Porte du Pantokrator, d’où la ville communiquait avec l’ouest de la Crète.
En plus de ces 4 portes principales, il y en avait encore 3 autres à des fins militaires. Il s’agissait de la porte Saint-André (NO, côté mer), de la porte de Sabionera (NE) et de la porte Dermata dans la baie du même nom (à côté du musée d’histoire naturelle). Cette dernière existe encore aujourd’hui, à côté du nouveau parking municipal, en face de l’école Bodossakio.


Visite du château aujourd’hui. Le premier monument que vous voyez depuis votre bateau dans le port d’Héraklion est le fort vénitien Koulès ou Castello a Mare. Son musée est impressionnant (le ticket d’entrée est de 10 Euros/personne) et la vue est incroyable de l’intérieur du fort. Sous la domination ottomane, le Koulès n’a subi que peu d’interventions (excepté l’ajout de bastions pour des fusiliers et des canons). Aujourd’hui, le fort Koulès est utilisé occasionnellement pour des expositions artistiques au rez-de-chaussée et pour des spectacles de théâtre ou de musique à l’étage supérieur, quand il fait bon.
Ballade au long des remparts près du Bastion de Martinengo. La promenade le long du mur est une balade très intéressante. Les chemins sont bien entretenus pour monter vers le bastion en forme de triangle. Situé exactement au centre du bastion, j’ai une vue panoramique sur la ville (pas forcément très belle). La tombe du grand écrivain Nikos Kazantzákis se trouve là très sobre avec une grande croix en bois.
Le bastion d’Aghios Georgios pour la communication avec la zone de l’est a vu son ouverture achevée en 2000 et il est mis à la circulation piétonne quelques mois plus tard. Εn général, les bastions et les enceintes étaient de vrais fourmilières entre le 13e et le 17e siècle.
A notre époque encore, les passages souterrains sont fermés au publics. Beaucoup de stoas ont été détruites et bouchées. En effet, les remparts ont été endommagés par les bombardements aériens allemands lors de la bataille de Crète en mai 1941. Après la guerre, certains des bastions ont été démolies pour faire place aux bâtiments et habitations modernes. La destruction des murailles de la ville n’a jamais été réalisée pour autant. Les murs restent en grande partie intacts constituant ainsi une des fortifications vénitiennes les mieux préservées en Europe. Ceci dit, la forteresse toute entière est étouffée parmi les centaines de bâtiments urbains. Je trouve qu’Héraklion, comme les autres grandes villes grecques, ont subi une mauvaise urbanisation au détriment de ses éléments historiques notables.
Ceci dit, aimeriez-vous visiter la ville d’Héraklion lors de votre visite en Crète ?
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