Grec qui es-tu aujourd’hui ?

  Grec qui es-tu aujourd’hui au fond ? Un méditerranéen complexe et confus qui doit se positionner dans son propre pays : faire le choix entre vivre « libre ou mourir »  (slogan pour de la dépendance de la Grèce en 1821). Lisez le texte plus bas montrant qui est le Grec…

Le Glouton se traîne dans la cuisine, ouvre le frigo avec volupté, fait la révérence à sa féta chérie, la remerciant d’être encore là pour lui, pour son estomac exigeant ne cessant d’évoquer le souvenir des matinées, des après-midi, des soirées remplies de mets hédonistiques lui donnant envie de voir la vie en rose.

Dans l’autre pièce, le Râleur marche à grandes enjambées d’un coté à l’autre, murmurant que sa vie ne marche pas rond, que les choses ne vont pas bien, que ses enfants sont des monstres lui provoquant le vertige, que sa tante est bête d’avoir brûlé la pasta flora, que son voisin ventru doit avoir plus de chance que lui, puisque sa coquette reste avec lui et que les phares de sa bagnole luxueuse ne s’éteignent jamais.

En regardant de la fenêtre, il apercoit l’Exubérant : Il ouvre ses bras pour enlacer quiconque le croise dans la rue, il ouvre sa bouche pour exprimer à haute voix des paroles, parfois incohérentes, pour le plaisir, tout en donnant un coup de coude dans l’épaule rigide des passants pour leur rappeler qu’il Est, qu’il trouve du plaisir dans l’échange frivole, que le temps s’écoule si vite que demain ne sera plus pareil.

En face, le bureau lumineux du Cupide -nouveau riche dans le métier- ferme ses portes aux envahisseurs, à tous les tyrans convoitant sa richesse. Assis dans son fauteuil en cuir maroc, il tourne son regard vers le lustre du 19e siècle et se vante d’une telle conquête et puis, sans perdre de temps, il se jette avec piété dans les calculs déployés sur l’amas de papiers et sous le poids desquels le bois de grange respire à peine.

Au coin de la rue, le Grec, ombre, d’ores et déjà, de lui-même scrute son Moi d’antan. « Pourquoi m’a-t-on privé de ma Gloutonnerie, de mon Ronchonnement, de mon Exubérance, de ma Cupidité et de toutes les autres vertus propices à l’esprit moderniste, frère de la ploutocratie ? », se demanda-t-il.

Il s’assure de la pertinence de ses actions. De toute façon, il est descendant de Socrates, de Platon, d’Aristote etc. Aucune faute n’a été commise. Lui, il connaît tout ! Il est le plus intelligent, le plus beau, le plus gai, le plus gracieux. Les autres lui envient sa « richesse ». Ça c’est sûr ! Aucune faute n’a été commise.

Qu’est-ce que ça peut faire qu’il n’ait jamais étudié les maximes de ses sages ancêtres ? Il est leur enfant et ça suffit !  Qu’est-ce que ça fait qu’il ne sache guère observer les belles manières ? Il est Grec et ça suffit !  Qu’est-ce ça fait que sa femme et ses amies soient de fausses blondes dans un effort désespéré de ressembler aux Suédoises ? Elles sont attrayantes, provocantes, le sourire béat toujours affiché sur le visage, les hanches balancées avec fierté, rêve de chaque musclé qui affirme qu’ « un plus un font quatre » . Qu’est-ce que ça fait qu’il s’allonge sur la plage, pleine de rumeur dissonante, en buvant son café ou son cocktail multicolore en toute sérénité, insoucieux du lendemain ?… puisque le moment, c’est maintenant !  Maintenant où la nana s’arrête devant lui, satisfaite de son bronzage à l’italienne. Maintenant où le mec s’arrête devant elle, extasié de son bikini brésilien laissant en pleine vue sa paire de fesses bien formées. Quel bonheur !

Qui s’intéresse à l’eau de mer cristalline, miroir de soi-même ? Qui aspire à boire le soleil et toute cette beauté environnante quand on a le café ?  Et le frissonnement des feuilles intronisées dans les arbres immortels de toutes les senteurs ? On s’en fout ! D’ailleurs, ça se brûle facilement !

« Toutefois, pourquoi maintenant, si je passe devant l’Acropole, la terre s’enfonce sous mes pieds ? » Pourquoi cette ruine me fait courir à la ruine ? Pourquoi je ne peux plus la contempler de peur qu’elle disparaisse », se torture-t-il ? Et la mer ? Maintenant, son remous m’entraîne dans sa profondeur, là où tout est obscur et inconnu. Elle est devenue une chienne enragée et les efforts pour que j’échoue sur la grève, là ou tout est en sécurité, sont pénibles…

Et le mot « révolution » me donne des frissons incompréhensibles. Je suis trop fatigué pour m’élancer dans la rue, pour dresser des barricades. Hurler pour revendiquer quoi ? D’ailleurs, le bois brûlant sans trêve dans les cheminées coupe mon haleine. J’aurai besoin d’un masque de protection respiratoire, à la manière de Michael Jackson. Ridicule ! Je ferais mieux de rester chez moi, en toute sécurité.

Les nuits, mon oreiller trempé me fait avoir froid. Les larmes s’écoulent de mes yeux cernés en faisant flamber mes rides résolues à accélerer le temps. Je tourne le dos de l’autre coté, afin que ma femme, que je ne touche plus, ne perçoive pas ma faiblesse. Une telle faiblesse ne s’excuse pas. Je préférerais vendre ma mère !

Et mon droit de vote m’émascule maintenant. Ma famille m’avait dit de voter toujours pour Untel : « Ça se transmet de génération en génération. Ça, c’est ta signature personnelle », m’avait-elle informée.

Est-ce que vous pourriez alors me dire qui je suis ? Est-ce que vous pourriez m’indiquer quel chemin suivre, s’il vous plaît ? Est-ce que vous pourriez me répondre ? J’ai même osé prononcer les mots magiques : « S’il vous plaît ». Ça doit suffire. Est-ce que je me trompe ?

Mon Petit Grec, c’est le moment ou jamais !  C’est maintenant que tu dois grandir, que tu dois couper le cordon ombilical avec ton histoire et mettre fin aux faux liens avec tes semblables. C’est maintenant que tu as l’opportunité de te connaître toi-même, de réfléchir profondément, d’ouvrir tes ailes pour devenir admirable et atteindre la liberté. Il serait temps que tu arrêtes d’emprunter les pinceaux aux autres pour qu’ils dessinent ton propre paysage. Et, si tu n’as pas de pinceau, invente t’en un ! Prends un bout de bois, abondant dans les prairies de cette terre céleste qui t’a été confiée, et un peu de blé dansant rythmiquement sous les rayons du soleil.

Dessine ton paysage avec des couleurs qui n’existent pas encore. Crée ta planète, écris ta propre histoire ! Affine-toi ! C’est le moment ou tu dois faire le choix : Mourir ou vivre.

 

Texte de Savina Maïpa

 

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