Alexandre Papadiamantis, fondateur des lettres modernes en Grèce

Alexandre Papadiamantis est devenu un écrivain grec célèbre parce qu’il est considéré comme le fondateur des lettres modernes en Grèce et son oeuvre en langue pure est le début de tout.

 

 

 

 

J’ai découvert Alexandre Papadiamantis alors que j’étais étudiante en licence à l’université de Montpellier III. Je devais étudier la langue grecque du 19e siècle et une de ses nouvelles. J’ai tout de suite adoré cet auteur pour les raisons que je vais exposer plus bas. A. Papadiamantis m’a toujours surpris pour sa verve poétique, pour sa magie de la parole, pour l’intensité des sentiments de ses caractères qui m’ont fait oublier ma difficulté pour apprendre la langue pure (appelée Katharevoussa). Pour moi, Papadiamantis n’est pas seulement un ethographe mais c’est aussi un analyste spirituel et éthique, un fervant du progrès, de l’information et de la justice. C’est le symbole de l’âme populaire grecque. C’est un nostalgique d’un meilleur monde ; un réaliste de la nature humaine qui me guide encore aujourd’hui dans ma vie.

Qui était Alexandre Papadiamantis ? C’ est un écrivain du 19e siècle (1851-1911) qui a passé sa jeunesse sur l’ile deSkiathos, ile des Sporades, près de Volos. Son père était pope et sa famille de neuf enfants vivaient modestement. Papadiamantis est allé vivre à Athènes au début pour subvenir aux besoins de sa famille. Sans diplôme en lettres, il fit toute sa vie des petits boulots pour survivre (traduction, rédacteur dand les journaux, prof de cours particuliers). Il mène une vie ascétique et a du mal à rejoindre les deux bouts en fin de mois d’autant plus que c’est un dépensier qui a tendance à boire facilement aussi. Mort épuisé dans la pauvreté et revenu dans sa patrie Skiathos, tous ses écrits ne seront publiés qu’après sa mort.

La bibliographie d’ A. Papadiamantis. En dehors de trois romans et de quatre nouvelles étendues (romans), il a écrit 180 nouvelles et 40 études et articles. Il n’a jamais vu son oeuvre publié dans laquelle on reconnait aujourd’hui quatres périodes : 1.La période réaliste, 2. La période naturaliste, 3. La période de lyrisme et de passion et 4. La période réaliste sociale avec ma nouvelle préférée “Les petites filles et la Mort” ou en grec “I Fonissa” traduit “La Meurtrière”.

“Les petites filles et la Mort” (1903) était la nouvelle que j’avais à analyser à l’université (tout en haut, photo avec un passage du livre). Avec mon talent pour l’analyse de texte  littéraire reconnue dès le lycée, je me suis attachée à entrer dans le monde de Papadiamantis et je ne l’ai plus laché. Cette nouvelle est l’histoire de Frangoyiannou à Skiathos qui, à ses 60 ans, constate que la femme est toujours une esclave: de ses parents quand elle est célibataire ; de son mari quand elle est mariée, puis de ses enfants, et à la fin des enfants de ses enfants. Alors, elle décide de tuer des petites filles pour les libérer de la souffrance qui les attend. Elle va commettre une série de meurtres et chassée par la police,  elle trouve refuge dans une église près de la mer. “I Fonissa” est une puissante oeuvre psychographique ; cette femme à la psychologie abyssale, expulsée de la société, est une personne énigmatique et totalement étrangère pour les insulaires naïfs et ignorants (souvent rusés mais pas si méchants). La description psychologique est donnée ici d’une certaine manière; la composition est dense et la performance littéraire est soignée.

Traduction que j’ai faite du (texte tout en haut près de la photo) tirée du livre “I Fonissa” en grec de Papadiamantis :

Elle donnait des herbes sauvages, elle faisait des onguents, elle effectuait des massages, elle guérissait le mauvail oeil, elle fabriquait des remèdes pour les femmes pales et anémiques, pour les femmes enceintes et accouchées et pour les sourdes douleurs de ces patientes. Avec son panier sous le coude de son bras gauche, suivie de ses deux derniers enfants, Dimitrakis 8 ans et Krinio 6 ans, elle entrait dans les champs, elle montait les montagnes, elle franchissait les gorges, les vallées et les torrents, elle essayait de trouver des herbes qu’elle connaissait -la scille maritime, le serpentaire, le trimère entre autres-, elle les coupait ou les déracinait, elle remplissait son panier et elle rentrait à la maison le soir. Avec ces herbes, elle confectionnait diverses pommades  recommandées en tant que remèdes assurés contre les maux interminables de la poitrine, du ventre, des intestins etc..”

 

On remarque dans ses écrits les deux choses les plus importantes. 

1. Son amour pour son ile Skiathos. Dans la majorité des nouvelles de Papadiamantis, il parle de son ile natale de Skiathos, des quatiers pauvres d’Athènes etc avec lyrisme exacerbé. Sur l’île, il y décrit la diversité de ses ravins, de ses collines et de sa végétation variée. La mer est également souvent présente dans ses ouvrages avec ses criques, ses baies, ses caps, ses falaises, ses grottes, ses îlots, ses plages et ses littoraux. Ces souvenirs de jeunesse de l’île de Skiathos enrobés d’une imagination fertile dominent ses pensées et s’enrichissent de ses vécus religieux. Connaissant l’ile de Skiathos (j’habite près de l’île depuis 30 ans), je m’y trouve de manière aussi réaliste que lui. Ce qui est intéressant pour moi, c’est qu’il donne une âme à cet île déjà merveilleuse avec ses aspects naturels qui parlent déjà en nous.

2. La description psychologique de ses caractères.  Il entre de manière si pertinente dans les profondeurs psychique de ses héros dramatiques. Il parle des soucis, des peines et des petites joies des gens pauvres. Ses héros sont des pêcheurs, des paysans, des religieux, des étrangers, des familles nombreuses, des célibataires, des veuves dans le désespoir, de belles orphelines mais aussi des sorcières laides et diverses femmes supersticieuses. Nous avons dans ses nouvelles une représention claire de divers caractères réels de la seconde moitié du 19e siècle de l’île mais aussi d’ailleurs. En lisant ses nouvelles, je comprends mieux la psychologie des grecs pas encore libérés de la pauvreté et de l’assujetissement (du joug ottoman) de l’époque. On découvre surtout la corruption et la méchanceté de certains face à la bonté de certains autres.

La langue pure ou Katharevoussa (1750-1975) est la langue que les grecs lettrés utilisaient dans le but de purifier la langue grecque des influences étrangères. C’est une langue dérivée du grec ancien avec une grammaire archaϊque. J’aimais lire la langue pure d’ A.Papadiamantis et j’aimais l’écouter dans les discours des chefs d’Etat comme E.Vénizélos mais je n’ai jamais essayé de l’apprendre… comme d’ailleurs je n’ai jamais appris le grec ancien. Chez A.Papadiamantis, la langue pure est utilisée dans les récits mais difficilement dans les dialogues. On trouve aussi des dialectes de Skiathos. La langue pure était déjà abandonnée quand je suis arrivée en Grèce pour la première fois il y a 40 ans car les Grecs ont toujours parlé la langue démotique. D’ailleurs, dans les dernières années de sa vie, Papadiamantis écrivait en langue démotique. C’est en effet une langue simple avec ses mots plus cours et son seul accent tonique par mot. C’est la langue que j’ai apprise.

Je vous propose de découvrir l’écrivain Alexandre Papadiamantis (quelques livres sur Amazon plus bas), ne serait-ce qu’à travers les traductions de certains ouvrages. Bonnes lectures !

   

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